Pilier : Individu | Niveau : Tous publics | Temps de lecture : ~10 min |
Images intimes non consenties : ce que tu dois savoir si ça t'arrive
Si tu lis cet article parce que des images ou des vidéos intimes te concernant ont été partagées sans ton accord, la première chose à savoir c'est ceci : ce qui t'arrive est une infraction grave, punie par la loi belge, et tu n'es pas responsable de ce qui s'est passé.
Prends le temps de lire ce qui suit. Il y a des actions concrètes à faire, dans un ordre précis, et des ressources pour t'accompagner.
Si tu lis cet article par précaution, pour comprendre comment ça fonctionne et ne jamais te retrouver dans cette situation — tu es au bon endroit aussi et tu decouvrir un outil qui te permet d'echanger des photos de manière plus anonyme.
Les mots qu'on utilise — et pourquoi ça compte
Le terme "revenge porn" est le plus connu, mais il est problématique pour deux raisons. D'abord, il contient le mot "porn" qui implique que la victime aurait participé à quelque chose de honteux — ce qui n'est pas le cas. Ensuite, il suggère que c'est toujours une histoire de vengeance après une rupture, alors que ce n'est pas toujours vrai.
Le terme légal en Belgique est diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel. On parle aussi d'IBIS — Images à caractère Intime non consenties (ou NCII en anglais). Ces termes placent la responsabilité là où elle est : sur la personne qui diffuse, pas sur la personne qui apparaît.
Dans cet article, on utilisera ces termes — pas "revenge porn".
Ce que c'est exactement
La diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel consiste à montrer, rendre accessible ou diffuser des images ou des enregistrements visuels ou audio d'une personne dénudée, ou d'une personne qui se livre à une activité sexuelle explicite, sans son accord ou à son insu — même si cette personne avait consenti à leur réalisation.
Ce dernier point est fondamental. Le fait d'avoir envoyé une photo intime à quelqu'un dans un contexte de confiance — un partenaire, une relation — ne donne pas à cette personne le droit de la diffuser. Le consentement à la création ne vaut pas consentement à la diffusion.
Les formes que ça peut prendre
- Partage d'une photo ou vidéo intime avec des amis, collègues, membres de la famille de la victime
- Publication sur des sites pornographiques, des réseaux sociaux, des forums
- Envoi par messagerie privée à l'entourage de la victime
- Utilisation comme outil de chantage pour obtenir de l'argent, des faveurs sexuelles, ou forcer un retour dans la relation — c'est la sextorsion, une variante particulièrement violente
- Création de deepfakes — montages utilisant le visage de la victime sur un corps différent — ce qui est également couvert par la loi belge
Qui est visé ?
Plus de 90% des victimes sont des femmes. Ce n'est pas un hasard — la diffusion non consentie d'images intimes est une forme de violence de genre, une prolongation de la stigmatisation de la sexualité féminine. Mais des hommes sont aussi victimes, et des mineurs — avec des conséquences légales encore plus sévères pour les auteurs.
Le cas des deepfakes
La technologie permet aujourd'hui de créer des vidéos synthétiques réalistes en superposant le visage d'une personne sur un corps différent. Ces deepfakes pornographiques touchent de plus en plus de personnes — y compris des personnes qui n'ont jamais partagé la moindre image intime. En Belgique, l'article 417/8 du Code pénal permet de sanctionner la personne qui diffuse des vidéos truquées d'une personne dans un comportement sexuel, avec des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans d'emprisonnement si la victime est mineure.
L'impact réel
Il faut nommer clairement ce que vivent les victimes, parce que l'impact est souvent minimisé par l'entourage ou par la justice elle-même.
Les conséquences documentées incluent : anxiété sévère et dépression, syndrome de stress post-traumatique, isolement social, perte d'emploi ou impossibilité de trouver un travail, rupture familiale, dans les cas les plus graves, des passages à l'acte suicidaires.
Ce n'est pas "juste des photos sur Internet". C'est une violation de l'intimité, une forme de violence sexuelle, et ses effets sont réels et durables.
Tu en es victime maintenant — agis dans cet ordre
Étape 1 : Documenter avant de demander la suppression
Le réflexe naturel est de vouloir faire disparaître les contenus le plus vite possible. C'est compréhensible. Mais avant de demander des suppressions, documente.
- Capture d'écran de chaque publication avec l'URL complète, le nom du site ou du compte, la date et l'heure
- Utilise archive.ph pour créer une copie archivée et horodatée — cette archive est utilisable comme preuve en justice
- Note tous les endroits où tu as trouvé le contenu
Une fois que tu as les preuves, tu peux demander les suppressions sans risquer de perdre les éléments nécessaires à une plainte.
Étape 2 : Demander la suppression en urgence
La loi belge prévoit une procédure judiciaire d'extrême urgence (le référé) qui oblige les plateformes à supprimer les contenus dans les six heures suivant l'ordonnance. C'est un outil puissant — mais il nécessite un avocat. En attendant, utilise les procédures de signalement directes :
Plateformes :
- Sur chaque réseau social (Instagram, Facebook, X, TikTok, Snapchat...), utilise le bouton de signalement en sélectionnant "contenu sexuel non consenti" ou "violation de la vie privée"
- Les grandes plateformes ont des équipes dédiées à ces demandes et traitent les cas IBIS en priorité
Outil spécialisé — StopNCII.org : C'est un outil gratuit, anonyme, créé spécifiquement pour les victimes d'images intimes non consenties. Tu crées une empreinte numérique (hash) de l'image sans jamais l'uploader — cette empreinte est ensuite partagée avec les plateformes partenaires (Meta, TikTok, Snapchat...) qui bloquent automatiquement toute republication. C'est l'outil le plus efficace pour limiter la propagation.
Recherche Google : Google permet de supprimer des résultats contenant des images intimes non consenties — formulaire disponible à support.google.com/websearch, rubrique "Supprimer des informations personnelles".
Étape 3 : Porter plainte
Rends-toi au commissariat de ton choix avec toutes tes preuves documentées. Tu n'as pas besoin d'aller dans ta commune.
La Belgique est l'un des premiers pays européens à avoir légiféré spécifiquement sur ce sujet — depuis 2016, et renforcé en 2020 et 2022. Les infractions sont clairement définies et les peines sont sévères. Tu as un cadre légal solide pour agir.
Apporte :
- Tes captures d'écran et archives
- Les URLs des contenus
- Tout élément permettant d'identifier l'auteur (nom, profil, messages reçus)
- Si tu as reçu des menaces liées à ces images, apporte ces éléments aussi — c'est de la sextorsion, une infraction supplémentaire
Étape 4 : Chercher un soutien
Ne reste pas seul·e avec ça. Parler à quelqu'un de confiance est essentiel — mais si ce n'est pas possible immédiatement, des ressources spécialisées existent :
Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS) Situés dans des hôpitaux, ils offrent soins médicaux, soutien psychologique et possibilité de déposer plainte auprès de policiers formés. La plainte n'est pas obligatoire pour y avoir accès.
- CHU Liège : 04/367.93.11
- CHU Saint-Pierre Bruxelles : 02/535.30.00
- CHR Namur : 081/72.67.00 Liste complète : stopviolencesexuelle.be
Télé-Accueil : 0800 32 123 — gratuit, anonyme, 24h/24 Unia — si la situation comporte une dimension discriminatoire : unia.be
Ce que dit la loi belge — précisément
La Belgique dispose d'un arsenal légal complet et sévère sur ce sujet.
Article 417/9 du Code pénal — Diffusion non consentie de base Punit toute personne qui montre, rend accessible ou diffuse des images ou enregistrements d'une personne dénudée ou se livrant à une activité sexuelle explicite, sans son accord, même si elle avait consenti à leur réalisation. Peine : 6 mois à 5 ans d'emprisonnement.
Article 417/10 du Code pénal — Circonstance aggravante Lorsque la diffusion est faite avec une intention méchante (vengeance, humiliation) ou dans un but lucratif. Peine : 1 an à 5 ans d'emprisonnement + amende de 200 à 10 000 euros.
Article 417/23 du Code pénal — Violences intrafamiliales Lorsqu'un lien familial ou de proximité unit l'auteur et la victime, l'infraction est considérée comme aggravée.
Mineurs : Si la victime a entre 16 et 17 ans : réclusion de 5 à 10 ans. Si la victime a moins de 16 ans : réclusion de 10 à 15 ans. Pour les mineurs, il existe une présomption irréfragable d'absence de consentement — la question du consentement ne se pose même pas.
Loi du 31 juillet 2023 Renforce encore la capacité du système judiciaire à supprimer rapidement les contenus — les plateformes ont l'obligation de retirer les contenus dans les six heures suivant une ordonnance judiciaire, sous peine d'amende de 200 à 15 000 euros.
Deepfakes pornographiques Couverts par l'article 417/8 du Code pénal (voyeurisme étendu), avec les mêmes peines que les images réelles.
Prévenir — sans culpabiliser
Cette section s'adresse à tous les lecteurs, pas aux victimes. Être victime d'une IBIS, ce n'est jamais la faute de la personne dont les images ont été diffusées. La responsabilité est entière et exclusive de la personne qui diffuse.
Cela dit, il y a des éléments de contexte utiles à connaître.
Sur le sexting
Envoyer des images intimes à quelqu'un n'est pas condamnable et peut faire partie d'une relation de confiance. Ce qui est condamnable, c'est la diffusion sans consentement. Il n'y a pas de honte à avoir envoyé ces images — la honte est du côté de celui ou celle qui les a diffusées.
Ce qu'on te propose ici, c'est simplement un réflexe de précaution — comme mettre une ceinture en voiture, pas parce qu'on va avoir un accident, mais parce que si ça arrive, on est mieux protégé.
Avant de partager une photo intime, tu peux masquer les éléments qui permettraient de t'identifier formellement si cette image venait à fuiter, à être volée, ou à être utilisée contre toi un jour : ton visage, un tatouage distinctif, un arrière-plan reconnaissable, tout détail qui te relie directement à l'image.
Pour ça, ODIN héberge un outil gratuit et open source : Face Privacy.
L'outil détecte automatiquement les visages et propose plusieurs modes de protection selon tes besoins : floutage automatique, remplacement par un emoji, ou crayon flouteur manuel pour masquer précisément n'importe quelle zone de l'image. Tu choisis la résolution de sortie, tu télécharges la photo modifiée en quelques secondes.
Garantie de confidentialité totale : aucune photo n'est transmise sur nos serveurs. Tout le traitement — y compris la détection des visages par réseau neuronal — se fait entièrement dans ton navigateur, sur ton appareil. Tes images ne quittent jamais ton écran.
Certaines applications de messagerie permettent d'envoyer des images en mode "éphémère" (elles disparaissent après visionnage) — Signal, Snapchat, Telegram en mode secret.
Sur la sextorsion
La sextorsion — utiliser des images intimes réelles ou fabriquées pour extorquer de l'argent ou des faveurs — est en forte progression. Les schémas les plus courants :
Une personne t'approche en ligne, la relation progresse rapidement vers des échanges intimes, puis elle menace de diffuser ces échanges si tu ne paies pas ou ne continues pas. Ne paie jamais — ça ne fait qu'encourager les demandes.
Si tu es dans cette situation, contacte la police immédiatement. C'est de la sextorsion, une infraction grave, et les autorités sont formées pour ce type de cas.
En résumé
La diffusion non consentie d'images intimes est une violence. En Belgique, c'est une infraction pénale grave depuis 2016, renforcée en 2020 et 2023. Si tu en es victime : documente d'abord, utilise StopNCII.org pour limiter la propagation, porte plainte avec tes preuves, et cherche du soutien — tu n'as pas à traverser ça seul·e. Cette situation n'est pas de ta faute.
La vigilance comme bouclier. La connaissance comme arme.
Pour aller plus loin
- StopNCII.org — outil gratuit et anonyme pour bloquer la propagation des images
- stopviolencesexuelle.be — liste des CPVS en Belgique
- Article précédent : Doxing — quand ton identité devient une arme contre toi → Lire l'article
- Article précédent : Harcèlement en ligne — comprendre, réagir, se protéger → Lire l'article
Tu traverses cette situation ?
Si tu as besoin d'aide concrète pour documenter, signaler ou trouver les bonnes ressources — tu peux nous contacter directement, en toute confidentialité.
Article rédigé dans le cadre du projet ODIN — Observer, Détecter, Identifier, Neutraliser. Ce contenu est informatif et ne remplace pas un conseil juridique ni un accompagnement psychologique. Pour toute situation grave, contacte les services spécialisés ou un avocat spécialisé.
